1er Mars : Don Det – une vingtaine de km après la frontière Cambodgienne : 41 km (9 364 km)

Le choix de partir a été difficile ce matin. Mais si nous voulons profiter de ce dernier mois de vélo en Asie, rejoindre Siem Reap puis Bangkok, il nous faut reprendre la route. Ou plutôt commencer par reprendre le bateau pour une nouvelle traversée de ce superbe Mekong le long de nombreux petits îlots.

Nous savons que nous avons, à nouveau, l’épreuve de la frontière à passer aujourd’hui. Nous savons également qu’il nous faudra être le plus « zen » possible pour éviter tout énervement contre-productif. Alors nous profitons de cette petite « croisière » puis des 20 kilomètres à vélo qui nous permettent de rejoindre la frontière pour nous préparer et inspirer, expirer, inspirer…

C’est donc un grand sourire (un peu figé tout de même) qui se lit sur nos visages lorsque nous arrivons devant la cahute du douanier Laotien. Nous lui tendons nos passeports après un Sabaiiiiiiiiidi un peu poussé. Il les prend et nous dit dans un parfait anglais « You need to pay 2 Dollars for each passeport for the stamp » (vous devez payer 2 Dollars pour chaque passeport pour le coup de tampon). Nous lui indiquons alors que nous savons que c’est optionnel et que nous n’allons pas prendre cette option, tout en essayant, bien entendu de garder le plus large des sourires. Il hausse les épaules et… ça passe ! Nous avions commencé à installer les enfants avec le sac de jeu, en leur indiquant que cela risquait d’être long et, en fait, nous repartons immédiatement.

200 mètres plus loin, nous arrivons à la douane Cambodgienne où nous devons demander notre visa d’un mois. Nous remplissons des tas de documents administratifs x5 et nous présentons devant le guichet. Un lieutenant-colonel à l’uniforme croulant sous les décorations militaires nous regarde alors en nous demandant si nous avons les 35 Dollars nécessaires par visa. Nous nous permettons de lui rappeler (toujours avec le sourire… dans une version inversée de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette…) que le coût du visa n’est « que de » 30 Dollars. Dans la battle de sourires, il nous précise alors : 30 Dollars pour le Visa et 5 Dollars pour le tampon. Expiration, inspiration… Nous lui glissons à nouveau nos 5 passeports qu’il avait commencé à repousser en lui indiquant que nous n’avons sur nous que 150 Dollars (ce qui est déjà une très grosse somme, nous aurions pu rester pratiquement 15 jours de plus sur les 4 000 îles avec un tel montant) et lui indiquons, comme nous l’avions fait à son homologue Laotien, que nous n’allons pas prendre l’option du paiement du tampon (comment lui dire que, s’il nous arrive souvent de laisser un pourboire dans les restaurants à des serveurs agréables, nous refusons de participer à la corruption de pseudo-fonctionnaires ?). Alors, là, de son côté, ça ne rigole plus du tout. Il nous balance les passeports en nous disant d’aller nous rasseoir. Zen, soyons Zen… Nous retendons les passeports en lui indiquant qu’il n’y a personne derrière nous, lui tendons les 150 Dollars et reculons d’un mètre (on ne sait jamais, un jet de passeport dans l’oeil !). Il nous regarde, hausse les épaules et tend les passeports à son collègue qui inscrit les numeros de visas. Nous allons ensuite remplir un ultime doument administratif et obtenons dans la foulée le fameux tampon d’entrée.

Cette nouvelle expérience nous montre, une fois de plus, la chance que nous avons de voyager à vélo et d’avoir le temps. Des français, qui sont passés juste avant nous et qui voyageaient en bus, ont du s’acquitter de 40 Dollars par passeport pour franchir la frontière. Les chauffeurs de bus étant de mèche avec les douaniers, ils mettent la pression aux passagers pour ne pas traîner sous peine de partir sans eux, mais avec leurs bagages. Difficile de prendre le risque de la confiscation temporaire du passeport dans ces conditions…

Nous repartons finalement (en même temps que le bus !) avec un sourire désormais dicté par le soulagement et la satisfaction de ne pas avoir collaboré à cette corruption qui gangrène ces frontières d’Asie du Sud-Est.

Nous n’avons mis qu’une heure pour franchir les deux postes frontières (dont plus de 50 % du temps à remplir des documents administratifs…) mais il commence déjà à faire chaud et nous savons que nous nous lançons sur un itinéraire où le premier village est situé à plus de 50 km.

Au bout d’une vingtaine de kilomètres, nous apercevons une petite baraque en bois sur le bord de la route qui semble proposer de l’eau fraîche. Nous n’avons pas encore de Riels, la monnaie nationale, mais retrouvons un Dollar qui nous permet de nous raffraichir. Nous entendons alors de bruits d’enfants et devinons une cour d’école, un peu plus loin.

Nous retrouvons alors un soupçon d’énergie et allons à la rencontre des professeurs. L’un parle quelques mots d’anglais et nous confirme que nous pourrons passer la nuit dans l’école après les cours.

Nous passons l’après-midi avec de bien joyeux enfants qui viennent nous retrouver dans la bibliothèque à chaque pause. Puzzles, livres et même legos, les enfants sont aux anges.

Nous assistons à la tombée du drapeau et au chant national qui donnent le départ vers des activités périscolaires : l’indétronable foot-ball mais également du jardinage dans un superbe potager (arrosé grâce à une pompe à main financée par la Croix-Rouge) et l’entretien de l’école (arrosage, gestion des poubelles, nettoyage de la cour…).

La confection de petits vélos bat son plein et nous voyons progressivement les enfants s’évaporer dans la campagne environnante. Cette école perdue au milieu de nulle part constitue un bel oasis. Le silence s’installe progressivement. Dans nos têtes nous entendons encore l’animation joyeuse portée par tous ces coeurs d’enfants.

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7 commentaires pour 1er Mars : Don Det – une vingtaine de km après la frontière Cambodgienne : 41 km (9 364 km)

  1. Benoit Le Quentrec dit :

    Salut les ami-e-s, Vous êtes trop forts! Grosses bises de Bretagne, on pense à vous, Benoit ________________________________

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  2. Françoise Gérard dit :

    Cc.
    J’aimerai beaucoup de sourires en Europe aussi pour contrer les élans nationalistes qui cognent nos oreilles…
    Vous êtes la preuve qu’il peut en être autrement !
    Continuez à emmagasiner toutes ces cultures et encore merci de nous en faire part … Je me régale tous les matins….accro accro… Biz bisous

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  3. jef46 dit :

    Décidément! Voilà pourquoi je ne dois pas traverser ces frontières! Je serais hors de moi! Cette corruption est un mépris pour la gentillesse des gens qui vous accueillent avec générosité. Enfin vous êtes devenu experts en diplomatie 😜 Bigs Bisous

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  4. maya 46 dit :

    Bonjour la Velovefamily,chapeau bas comment on dit, devant votre patience frontalière. 1 petit vélo 2 petits vélos 3 petits vélos mais tous vos followers vont en vouloir un velo quand vous allez arriver à trescols 😆

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  5. f.vandermesse dit :

    Quel contraste entre les conduites d’accueil et de générosité des populations et la corruption des agents frontaliers!
    Roulez maintenant en terre  » souriante » .

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  6. Raymonde Garcia dit :

    Nous avions aussi eu des problèmes en passant du Vietnam au Cambodge (en avion) ! Notre patience étant infinie (qui l’eût cru !), nous avions pu passer après avoir re remplies moult fiches… et sans supplément ! Et rebelote dans l’autre sens sur le Mékong !
    Bienvenue au Cambodge ! Bisosu

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  7. Nicole et Christian dit :

    Passer une frontière est toujours stressant même si plus « facile » en vélo qu’en voiture (mais celle-ci est hélas particulièrement bien connue pour être redoutable et chronophage) mais la bonne humeur et les sourires de toute la famille ont très certainement dû être déterminants…
    Les cyclovoyageurs rencontrés entre Vientiane et Pakse

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