23. Et après ?

Nous nous installons confortablement dans un gîte que Gérard met à notre disposition, tout proche de l’école que les enfants retrouveront… trois jours après notre arrivée ! Entre temps, nous organisons une petite fête pour réunir tous ceux qui nous ont aidés et suivis pendant cette année quelque peu insolite.

Une vie plus classique se profile. Les enfants reprennent le chemin de l’école avec une facilité déconcertante, comme s’ils n’étaient jamais partis. Très vite nous serons rassurés sur leur niveau scolaire. Ils ne sont pas en retard, au contraire…

Valérie et moi sommes assommés par les montagnes de cartons que nous redécouvrons. Cette quantité d’effets personnels, alors que nous venons de vivre à 5 avec 8 petites sacoches pendant un an, nous donne le vertige.

Les jambes nous démangent mais nous apprécions le confort de se préparer le repas sur une vraie cuisinière, de dormir sur des matelas moelleux et tout simplement de boire l’eau du robinet.

Alors que nous ne rêvons que de prolonger l’aventure notre inconscient se repositionne jour après jour dans le confort de l’habitude.

Un autre challenge nous attend désormais : retrouver un emploi avant la fin de l’été. 

Nous envoyons quelques CV et lettres de motivations, répondons à des annonces et sommes assez vite convoqués à des entretiens. A cette occasion, je constate que la vision des recruteurs sur le type d’aventure que nous venons de vivre a beaucoup évolué. Il y a moins de 20 ans, partir ainsi générait de l’incompréhension et suspectait ’une certaine marginalité. Aujourd’hui, les employeurs semblent considérer ces expériences comme une preuve d’audace, porteuse de valeurs. J’ai même pu lire, chez certains de mes interlocuteurs, une expression d’envie. Les entretiens qui se sont tous conclus par une proposition d’emploi, n’ont jamais souffert du choix professionnel que nous avions fait, il y a un an. 

Nous ne nous étions pas fixés de lieu précis pour nous poser, à la rentrée. Nous avions uniquement deux souhaits : continuer à nous épanouir dans un département rural, loin des grandes métropoles et trouver, au moins un emploi pour l’un de nous deux, avant le mois de juillet, afin d’inscrire les enfants dans leur futur établissement scolaire. Nous avions donc moins de deux mois.

Valence et Digne pour Valérie, Nîmes, St Etienne et Aix-les Bains pour moi:  les propositions arrivent toutes en même temps. C’est finalement dans les Alpes de Haute-Provence que nous décidons de poser nos sacoches. Valérie s’est vue proposer un contrat d’un an en tant que chargée de communication digitale dans une petite start-up locale spécialisée dans la formation numérique. Elle est ravie de cette opportunité. Je me mets donc en quête d’un emploi dans cette zone géographique, n’envisageant pas une seconde, un célibat géographique pour raison professionnelle après l’année intense que nous venions de vivre.

Une offre de responsable d’unité au sein de la Protection Judiciaire de la Jeunesse m’est adressée. Début août, j’ai le plaisir d’apprendre que j’ai été retenu pour ce poste. Il est bien moins complet que celui que j’exerçais avant de partir mais cela va me permettre de mieux connaître le secteur social. Je  n’ai de réelle expérience que dans le médico-social et plus précisément dans l’accompagnement des personnes en situation de handicap. La PJJ me propose un contrat d’un an, en tant que contractuel, parfait pour moi qui ne souhaite pas forcément m’engager sur du long terme afin de laisser ouverte la voie des possibles.

Notre arrivée dans les Alpes de Haute-Provence est grandement facilitée par l’accueil que nous proposent Alexandra et Michaël, deux Amis que nous connaissons depuis près de 20 ans et qui habitent le petit village dans lequel est implantée l’entreprise qui vient d’embaucher Valérie. Un accueil familial et extrêmement bienveillant nous permettra de nous poser en douceur. 

En septembre, tout le monde reprend donc une vie active. Les enfants font leur rentrée. Pour Naïa c’est la première ! Elle est accueillie avec Esteban dans la petite école du village tandis que Lalie rejoint le collège Gassendi à Digne. 

Très vite, trop vite ? Personnellement, j’accuse le coup. Après les journées trépidantes que nous avons connues l’année dernière, le rythme de ces premières semaines me parait bien fade. Je n’ai qu’une envie : repartir.

Je commence même à imaginer un nouveau parcours allant de France jusqu’en Chine, avec un retour via le trans-sibérien afin de faire un voyage sans avion et de limiter ainsi l’empreinte carbone. Je rêve de Cappadoce et de steppes mongoles sur lesquelles nous pourrions profiter de cette liberté intense qu’offre le voyage à vélo. Mais le désir de Valérie et des enfants de se poser quelque temps, associé aux incertitudes géopolitiques de nombre de pays à traverser (Turquie et Iran notamment) viennent peu à peu calmer mon ardeur. Je sais qu’elle pourrait être interprétée comme une fuite de notre société mais il n’en est rien. J’adore la France et je suis plus que jamais conscient de la richesse culturelle, géographique, culinaire de notre pays. Mais j’ai encore besoin de me nourrir de diversité, de montrer à nos enfants que le Monde actuel est peuplé, dans l’extrême majorité, de belles personnes, qu’elles soient catholiques, musulmanes ou athées. La vie de couple, et plus largement la vie de famille, sont faites de consensus. Alors nous gardons ce projet pour plus tard. Nous nous projetons petit à petit vers un endroit où nous poser, où nous impliquer dans la vie locale, tout en continuant à exercer des métiers passionnants. Comme le dit un proverbe Tibétain : “Le voyage est un retour vers l’essentiel”. Nos habitudes de consommation, notre mode de vie sont en pleine transformation, tout comme l’est certainement notre conscience.

L’écriture de cet ouvrage, le plus souvent le soir après de longues journées de travail, nous ramène à l’évasion et à la conviction que nous avons eu la chance de vivre une aventure extraordinaire. Les correspondances que nous continuons à entretenir grâce à “Whatsapp” plusieurs mois après notre retour, nous rappellent que ce que nous avons rencontré de plus beau pendant toute cette année ce sont ces hommes, ces femmes, ces enfants qui nous ont ouvert leur coeur… en toute humanité !

Ces dernières lignes iront vers Naïa, Esteban et Lalie, nos trois enfants qui continuent de nous étonner chaque jour. Nous leur avons offert, pendant toute cette année, ce que nous avons de plus précieux : notre temps. Les liens que nous avons tissés, nourris des souvenirs qui nous unissent, sont notre bien le plus important. La complicité qu’ils ont développée entre eux invite au bonheur.

Enfin, j’ai conscience que j’ai eu la chance de trouver sur mon chemin de vie, il y a près de 20 ans, une jeune femme, pétillante et toujours partante. La complicité et les projets envisagés sont le gage de biens belles nouvelles aventures familiales à venir.

Demain, nous vous proposerons une petite vidéo afin de partager avec vous tout ce qui s’est passé depuis septembre 2019 ainsi que nos nouveaux projets. A demain…

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11 commentaires pour 23. Et après ?

  1. jef46 dit :

    Sans voix…. 🤙😘

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  2. Alice Ferreira dit :

    Que c est beau et émouvant….A demain !!
    Bisous !

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  3. Raymonde Garcia dit :

    Comme déjà dit : sans voix, et tellement émouvant !
    Mais il y aura un « demain » alors c’est génial ! Merci… Merci… Merci…
    Bisous, bonne journée !

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  4. MUR Bernard dit :

    A demain avec plaisir.

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  5. Jos Demblans dit :

    C’est un énorme cadeau que vous avez fait à vis enfants qui les suivra tout au long de leurs vies. Bravo à vous. Bises

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  6. Rossi's Family dit :

    C’est simplement : extra et trépidant !
    Alors merci de nous régaler la tête, l’esprit et le coeur avec votre expérience de vie et vos chaudes âmes.
    Hâte d’être à demain pour la vidéo !🤗

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  7. jean dit :

    on aura surement droit a une rediffusion sur m6, un roman fleuve…..

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  8. Nicole Doualla dit :

    Vous incarnez l Adage:On est jamais autant soi même qu’en dehors de chez soi.A méditer .MERCI pour cet hymne à l AMOUR en l honneur de vos enfants et de Valérie.

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  9. Patricia dit :

    Coucou.En vous lisant les larmes me viennent aux yeux car vous avez raison rien n’est plus important que le partage avec les gens que l’on aime
    Je vous bise tres fort
    Patricia

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  10. Merci de nous avoir partagé la richesse que vous a procuré ce voyage, d’autant bien venue que le monde comme espace de découverte semble clos pour un long moment.
    Mais il reste la découverte de notre beau pays, l’engagement de mondes solidaires à inventer sur nos territoires et, bien évidemment l’amitié, qu’on ne pourra jamais confiner et priver de sa liberté.
    Grosses bises de nous 2

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    • velovefamily dit :

      Entre le Lot et la Drôme, l’amitié n’attend qu’à se retrouver. Merci à vous d’avoir si bien partagé cette aventure.
      A bientôt pour de nouvelles péripéties solidaires.
      On vous embrasse

      La VeLove Family

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