21. Il fallait bien une frayeur…

Après avoir rebasculé en Thaïlande et vécu quelques jours bien agréables sur l’île de Koh Chang, partagés avec Didier et Isabelle, nous entamons notre remontée vers Bangkok. 

Nous longeons le Golfe de Thaïlande sur plusieurs centaines de kilomètres en essayant d’emprunter au maximum des chemins de traverses, non ouverts à la circulation automobile.

Nous savons que notre périple hors d’Europe s’achèvera dans quelques semaines et savourons encore plus intensément chaque paysage, chaque bivouac, chaque rencontre. La Thaïlande n’est pas surnommée “le pays du sourire” pour rien et, à chaque instant, nous sommes les témoins privilégiés de gestes bienveillants portés par des visages radieux.

Les enfants mesurent chaque jour le déséquilibre économique qui existe sur notre planète, entre une minorité occidentale qui détient la majorité des richesses et de nombreuses populations qui n’en ont que les miettes. Ce qu’ils perçoivent surtout, c’est que la richesse économique n’est pas forcément proportionnelle à la richesse du coeur et au bonheur exprimés par les populations. Nous traversons des villages, sans électricité ni eau courante, où les enfants jouent avec des jantes de vélo qu’ils font rouler à l’aide de frêles bâtons. Nous côtoyons des familles qui vivent à 10 dans une même pièce et dorment parfois à même le sol. Et pourtant… nous n’avons jamais reçu autant de sourires et de mélodieux “sah wah dee khrap” ou “sah wah dee khaa”, selon qu’ils sont prononcés par des hommes ou par des femmes. Ces mots, ces sourires, nous sont offerts sans autre attente en retour qu’un sourire de notre part. Jamais nous ne ressentons de calcul ni de jalousie au regard de ce que nous possédons. Cette gentillesse, rencontrée tout au long de notre voyage, est fondée sur la seule bienveillance pour l’autre. 

Bien que ne disposant que de très peu de biens matériels, ces populations font preuve d’une extrême générosité. Nous étions souvent génés par tant d’attentions mais ne refusions jamais les boissons ou les fruits, offerts avec tant d’humanité.

La construction de l’enfant se nourrit souvent des valeurs portées par ses proches. Tout au long des kilomètres, nous avons conscience que les observations faites par  Naïa, Esteban et Lalie laisseront des traces dans leur manière de s’inscrire dans la société. Peut-être ces traces seront-elles infimes, mais les expériences ont été si fréquentes et si marquantes, qu’elles leur serviront assurément de références.

Nous sommes le 25 mars, c’est l’anniversaire de Valérie !

Nous avions convenu d’une petite coutume : les jours d’anniversaire se font sans vélo, afin que nous puissions profiter encore plus largement les uns des autres. Ce 25 mars au matin nous nous réveillons sous la pluie: les premières gouttes depuis bientôt 3 mois que nous sommes en Asie. Nous repérons un petit appartement à louer à une petite dizaine de kilomètres et faisons donc une petite entorse à notre règlement familial afin de s’assurer d’un peu de confort en ce jour de fête. La pluie se transforme en déluge et nous sommes heureux de nous mettre au sec dans un confortable studio.

Dans l’après-midi nous ressortons avec Lalie, réservons une heure de massage (thaïlande oblige) à offrir à Valérie et poursuivons à pied sur quelques centaines de mètres afin de rallier une petite épicerie. Nous y achetons quelques mets qui devraient nous permettre de confectionner un repas surprise pendant l’absence de Valérie. En ressortant, poussés par l’excitation de la mise en place de cette double surprise, nous nous mettons à trottiner. Mais nous n’avons pas aperçu un chien, posté à l’angle de l’épicerie, qui se jette sur le mollet de Lalie. Parler d’un fantôme de chien serait plus approprié tant cet animal, rachitique, drapé d’un pelage en phase de décomposition, s’est empalé sur le mollet de notre princesse. Les cris de Lalie seront proportionnels à l’entaille visible : profonds !

De nombreux passants viennent alors nous porter secours. Je profite de leur présence pour courir (avec prudence !) chercher Valérie.

Nous avons tous fait le vaccin contre la rage avant de partir, mais un contact avec notre cher Docteur LECINE, nous confirmera qu’il est nécessaire de procéder à de nouvelles injections. La population locale s’organise alors dans un grand élan de solidarité. Un chauffeur de tuk-tuk propose d’accompagner Lalie et Valérie à l’hôpital le plus proche, situé à une vingtaine de kilomètres, pendant que d’autres nous apportent du réconfort.

Les filles reviendront quelques heures plus tard, Lalie arborant un impressionnant bandage. Les hôpitaux thaïlandais sont modernes et efficaces et la prise en charge de qualité. C’est ce que nous constaterons, pendant cette pause que nous ferons durer trois jours, afin de procéder à un changement sans risque du pansement et à la seconde injection: de belles journées, après ce moment de stress, pendant lesquelles nous serons les témoins privilégiés de la générosité locale.

Un avion nous attend pour l’Europe dans une semaine. Nous repartons donc vers la capitale thaïlandaise. Nos montures permettent à Lalie de garder la jambe tendue sans avoir à pédaler, et de se remettre de cette intense émotion.

Nous savions qu’en partant dans ces contrées lointaines, qui plus est, à vélo, il y avait une part de danger. Le risque le plus important est le risque routier. Nous avons toujours essayé d’anticiper et de sauter (au sens figuré comme parfois au sens propre) avec tout notre matériel dans un camion ou un bus lorsque les conditions de circulation nous invitaient à la prudence. 

Nous savions également que nous pouvions croiser, notamment lors des bivouacs sauvages, quelques reptiles, araignées ou scorpions En vérifiant régulièrement l’intérieur de nos chaussures, le matin au réveil, et en examinant avec soin les lieux, le danger devenait mineur.

Restaient alors les chiens, l’un des plus féroces prédateurs des cyclovoyageurs. A part quelques meutes qui nous avaient suivis et que nous avions réussi à éloigner(s’arrêter et lever la main en mimant le lancer de caillou est souvent efficace !) nous n’avions pas eu à subir de dégâts corporels. Il aura fallu un empressement de piétons… pour connaître notre première frayeur.

Tout au long de cette année, avons-nous pris plus de risques que si nous étions restés confortablement installés en France ? Pas sûr ! Nous aurions pu nous casser un poignet ou nous faire une entorse dans des activités classiques. Voyager, à vélo, avec des enfants est sans doute plus risqué que de s’adonner à une consommation effrénée de temps d’écran, confortablement installés dans un canapé. Risqué à court terme… mais l’est-ce également à long terme ? 

La vie est une prise constante de risque. Cela ne veut pas dire qu’il faut faire n’importe quoi. La préparation, l’anticipation, l’échange lorsqu’une situation de danger se présentent sont extrêmement importants. Mais malgré tout cela le risque “0” n’existe pas et heureusement car c’est cela qui nous procure les émotions qui font que la vie est si belle.

Au bout de quelques jours, nous rejoignons cette incroyable mégalopole qu’est Bangkok en empruntant des pistes cyclables à la limite, parfois, de la verticalité.

Des chiens, de la pluie mais encore de biens beaux moments de partage
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8 commentaires pour 21. Il fallait bien une frayeur…

  1. Raymonde Garcia dit :

    Merci de nous faire souvenir de tous ces moments !
    Joyeuses Pâques ! Vous avez la chance d’être avec vos enfants, ce qui n’est pas le cas de tout le monde, alors Profitez !
    Gros bisous

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  2. jef46 dit :

    Un épisode qui a fait trembler de nombreux followers 🥴 Heureusement que la VeLove Family est dotée d’un petit truc en plus qui permet de driver l’aventure. Bigs bisous

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  3. Alice Ferreira dit :

    Le plaisir de vous lire tous les jours, non le risque zero n existe pas c est sur mais nous avons eu bien peur pour Lalie , mais elle avait une jolie cicatrice ….Gros bisous a vous tous en ce jour dePaques !!!

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  4. Nicole Doualla dit :

    Je me souviens très bien de cette frayeur lors de vos derniers jours de votre periple le jour anniversaire de Valérie.Pauvre Lalie ,heureusement qu’elle a été bien soignée.Bon dimanche de Pâques même si les cloches n ont pas daigné semer des oeufs en chocolat dans le jardin.

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  5. Cathy Royere dit :

    Cher Christophe Je te remercie pour ses textes qui me fait voyager. Pourquoi tu m’as pas répondu pour le mots : corruption? Je vous souhaites à tous une bonne fête de pâques. J’espère que le confinement vous ne bloque pas de dans.
    Grosses bises à tous les cinq
    Cathy

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    • velovefamily dit :

      Bonjour Cathy,

      La corruption c’est lorsqu’une personne utilise ses fonctions (son métier ou son mandat) pour obtenir des choses pour son propre compte. Dans notre exemple cela ressemble à du racket si ce mot est plus facile.
      Tout va bien pour nous. Nous sommes tous les jours conscients d’être des privilégiés en ce temps de confinement.
      On t’embrasse

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  6. Christine et Joël dit :

    Merci pour ces découvertes géographiques et historiques qui font partie de notre histoire car nous avions 15-20 ans dans les années 75-80. Comment faisiez vous avec les Pino en bus ? Qu’aviez vous comme tentes et matériel couchage et cuisine ? A demain !! Amicalement

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    • velovefamily dit :

      Bonjour Christine et Joël,
      Pour les pino en bus en Amérique latine et en asie du sud-est, on arrive toujours à trouver une solution… le plus souvent harnachés sur le toit !
      En tente, nous avions une Hellsport 6 place pour toute la partie d’amérique du sud (pas facile de trouver des tentes 5 place en France. Elle était très bien, un peu lourde (5kg + le tarp d’1 kg) mais résistante au froid. Puis en Amérique centrale nous avons renvoyé cette tente et nous sommes équipés de deux petites tentes 3 places très ordinaires achetées à Lima pour une vingtaine d’Euros qui avaient le grand avantage d’être auto-portantes.
      Pour le réchaud, nous avions un multicombustible de chez MSR. Très pratique car on trouve de l’essence partout et même si cela s’encrasse parfois, ça chauffe bien et vite.
      Merci encore pour vos messages.
      On vous embrasse,

      Naïa, Esteban, Lalie, Valérie et Christophe

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