20. Des portes du paradis à celles de l’enfer

Annie et Jean-Pierre nous ont accueillis chez eux, à Vientiane, la capitale du Laos, comme de vieux amis, alors que nous ne nous connaissions pas. Ils nous ont ouvert leur porte, leur coeur et leur fine connaissance du pays, au million d’éléphants. Ce partage aussi naturel que généreux, nous a permis de comprendre les fonctionnements sociétaux et de savourer pleinement quelques perles géographiques et humaines de cet incroyable pays.

Nous avions prévu de suivre le Mékong jusqu’à la frontière Cambodgienne mais les les conseils échangés nous ont fait opter pour deux belles boucles et un peu de bus.

La première virée nous permet à la fois de découvrir les fabuleuses grottes de Kanglor et le barrage de Nam Theun 2, une énorme retenue d’eau, plus grande que le lac Léman, chargée d’alimenter en électricité… le voisin thaïlandais !

Le dépaysement est intense et la tranquillité des lieux nous permet de jouir pleinement de ces merveilles, pour l’instant  oubliées par le tourisme de masse.

Après un transfert chaotique en bus nous entamons, plus au sud, notre seconde boucle. A Vientiane, nous avons pu dégoter trois vélos pour Nathalie, la soeur de Valérie, et deux de nos neveux, Bastien et Timéo. Nous avons le plaisir de partager notre quotidien avec eux, pendant une petite dizaine de jours. De quoi faire le tour du plateau des bolovens, un lieu où se côtoient des cascades d’Eden et d’immenses plantations de café qui profitent pleinement du micro-climat ambiant.

C’est sur cette boucle cycliste que nous passerons l’une des journées les plus marquantes du voyage. “Ioverlander”- une application qui donne de bons plans aux voyageurs nomades, nous indique le nom d’un village animiste dans lequel il est possible de partager, en toute simplicité, la vie de la population. Captain Hook nous y accueille dans un parfait anglais et nous propose une très instructive promenade dans la nature environnante. Flore, faune et expériences gustatives (des plantes médicinales… aux fourmis rouges propulsant sous le palais une incroyable odeur de citron… en passant par des graines de café aux maturités diverses). Chaque pas, chaque geste, permet de prendre conscience de l’immensité offerte par cette nature si généreuse pour peu que l’on veuille bien la respecter et l’écouter.

Un peu plus tard, nous rejoindrons de petites cabanes de bambou pour y passer la nuit. Mais avant cela, nous serons invités dans la maisonnée familiale où une vingtaine de personnes, de toutes générations, vit dans une pièce unique ! Pour le repas, un grand cercle se forme, figure au centre de laquelle sont disposés, à même le sol, sur une paillasse, des mets variés,parfois très épicés. En guise de dessert, nous sommes invités à une chasse aux sauterelles et aux grillons. Un affût de nuit, le long des herbes hautes nous permet de capturer de nombreux spécimens. Ils finiront dans de l’eau salée amenée à ébullition, puis revenus et assaisonnés dans de grands woks. L’heure est alors à la dégustation. Nos repères occidentaux font monter quelques interrogations au moment d’avaler les insectes proposés.  Naïa, quant à elle, ne se pose pas de question . Elle en ingurgite une pleine assiette comme s’il s’agissait de frites belges. Son insouciance nous renvoie à notre position d’êtres formatés, aux aprioris dictés par des modes de pensées prudents, invitant peu à la découverte. Portés par cette locomotive de saine naïveté nous emboitons le pas d’une pleine dégustation.

La virée cycliste en compagnie de Nathalie, Bastien et Timéo se terminera aux abords des temples de Champassak. Nous avions imaginé que les vélos utilisés pourraient être  offerts à des écoliers .Nous nous mettons donc en quête d’un institut scolaire. Au milieu de centaines de jeunes en uniforme blanc aux sourires enchanteurs, nous comprenons très vite que les vélos que nous offrons à l’ école ne leur seront pas destinés. En effet, le Directeur et un enseignant, après les avoir essayés pendant de longues minutes, les destineront à  leur usage personnel, sans le moindre signe de protestation des écoliers habitués à la corruption généralisée .

Le Laos nous offrira, avant de le quitter, un dernier merveilleux souvenir. Une pléiade d’îlots a donné naissance à un lieu fort justement nommé: “ les 4 000 îles”. Un petit paradis terrestre que nous découvrons avec Céline et Jean-Pierre venus nous filmer dans le cadre d’un reportage pour une chaîne de télévision française. Nous y passerons deux superbes journées alliant prises de vues et bonheurs simples partagés.

Quelques jours plus tard nous passons, avec quelques difficultés, la frontière Cambodgienne et sommes accueillis par une chaleur étouffante. Les sourires des locaux sont toujours là mais, après ces semaines laotiennes qui nous ont émerveillés, nous avons du mal à apprécier les subtilités de ce nouveau pays.

Pourtant, là encore, nous poursuivrons notre apprentissage de la découverte du  mystère humain: celui d’un être sensible capable de la plus belle oeuvre comme de la pire atrocité. 

Nous retrouvons Didier et Isabelle, pour 3 jours de découverte des temples d’Angkor. Nous les convertissons à la petite reine. C’est donc, à vélo, que nous parcourons cet espace. Les levers et couchers de soleil sont d’une beauté indescriptible lorsque les rayons lèchent ces constructions -quasi-irréelles- qui ont résisté aux affres du temps.

Nous poursuivons notre chemin avec une traversée du Tonle Sap, immense lac bordé de villages flottants. Une fois revenus sur la terre ferme, Didier et Isabelle louent un scooter pour nous accompagner encore, le temps d’une journée. Nous arrivons ensemble chez Saro, un jeune chef de famille cambodgien qui a décidé de diversifier son activité de chauffeur de tuk-tuk, en ouvrant des chambres d’hôtes. Il nous invite à aller visiter les “killing caves” toutes proches: un lieu de recueillement pour des millions de cambodgiens qui, comme lui, ont vu une grande partie de leur famille exterminée par les khmers rouges. C’est du haut de cette falaise, de plusieurs dizaines de mètres, que l’on poussait les personnes qui osaient s’opposer au régime de Pol Pot. Aujourd’hui encore, des ossements humains sont exposés  à la vue des jeunes générations.

Une indescriptible sensation d’écoeurement, mélée d’une profonde colère m’envahit. La même que j’avais ressentie, adolescent, alors que je visitais le camp d’Auschwitz avec l’aumônerie de Pélissanne.

Les khmers rouges ont notamment sévi de 1975 à 1979. J’étais né et pourtant, jamais, sans ce voyage, je n’aurais compris l’immensité de cette horreur. Près d’un quart de la population cambodgienne a été dénoncée et massacrée par ceux qui étaient, leurs voisins. 

Saro est né dans un camp de réfugiés à la frontière thaïlandaise. Le génocide a fait disparaître, dans d’atroces souffrances, une grande partie de sa famille. Si, aujourd’hui, il reste prudent parce que l’ombre de quelques khmers rouges rode encore au sein du pouvoir, Saro nous offre une soirée teintée d’optimisme. Une nouvelle leçon de Vie.

Des grottes de Kanglor aux temples d »Angkor en passant par des vues du ciel et un apéritif un peu spécial…


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9 commentaires pour 20. Des portes du paradis à celles de l’enfer

  1. Véronique dit :

    Il va falloir apprendre à cuisiner des sauterelles ! Excellente Naia. Encore de superbe paysage.

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  2. Patricia dit :

    Coucou
    Je pense que nous ne vous remercierons jamais assez de ce partage
    Faites attention que Naia ne mange pas tous les insectes
    GROS bisousssss et bon Week end de Paques

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  3. Katz dit :

    Quel plaisir de vous avoir reçus et d’avoir partagé quelques moments avec vous puis un plus court instant avec Nathalie Bastien et Timeo. En ces temps si particuliers prenez bien soin de vous.
    À bientôt nous esperons😘 Annie et Jean Pierre

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  4. Raymonde Garcia dit :

    Si nous pouvions faire fi de nos à priori, la vie serait plus simple… Merci Naïa de nous monter le chemin !
    Bon week-end de Pâques ! A défaut de cloches, une vingtaine de cigognes ont fait halte à Luzech hier soir. Etrange ! Dans le ciel les regroupements sont autorisés !!!
    Bisous

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  5. yves morand dit :

    belles Pâques confinées … sauterelles en chocolat , ça devrait mieux « passer « !!
    Bises à tous

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  6. Tout ça nous fait bien voyager de nouveau !! Quelle chance nous avons tous eu de partir à cette période !!!
    Prenez soin de vous tous et joyeuses Pâques !!! 🌈🐇
    Jean-Philippe, Sandy,Océane et Milla

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  7. Yves dit :

    Un de mes amis cambodgien étudiant , est retourné au pays, jamais de nouvelles. Il a dû finir sa vie tristement.

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  8. Claude et Monique dit :

    Chère VeLove Family,
    Nous aurions aimé rédiger un message dès la première lecture. Nous n’avions pas d’autres mots que « Bravo » qui nous laissait sans voix.
    Extraordinaire ! Le plaisir quotidien de savourer texte, superbes images et magnifique vidéo.
    Quel(s) talent(s), et quelle formidable VeLove Family !
    Merci de nous faire partager toutes ces richesses.
    107 Bises du 107 bis

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