19. La gangrène de la corruption

Si notre statut de voyageur à vélo nous épargne nombre de déconvenues avec les autorités locales, il demeure un passage toujours délicat : celui des frontières. Celles du Laos et du Cambodge seront particulièrement mouvementées.

Mais nous avons plusieurs atouts avec nous : nous avons reçu d’excellents tuyaux d’autres voyageurs, nous ne faisons pas partis d’un voyage organisé et surtout…nous avons le temps !

Par deux fois on nous demande d’ajouter au prix officiel du visa (qui coûte déjà une trentaine d’euros par personne) un forfait de 5 dollars par passeport… pour le coup de tampon !

Cette pratique est totalement illégale mais l’assurance des policiers situés de l’autre côté du comptoir et la menace de ne pas rendre les passeports provoquent une inévitable confusion. Celle-ci est d’autant plus forte quand les chauffeurs de bus, de mèche avec les douaniers véreux, se mettent à invectiver les voyageurs en leur indiquant que s’ils ne se dépêchent pas, ils partiront sans eux. Voilà donc ces derniers contraints à sortir quelques billets à l’effigie de George Washington et à entretenir un système mafieux, au bénéfice d’une minorité de policiers corrompus.

A la frontière entre le Laos et le Cambodge nous tombons, au comptoir, sur un colonel qui exhibe fièrement sur son poitrail une collection d’impressionnantes décorations. Il nous accueille avec un pseudo sourire. Lorsque nous indiquons que nous n’allons pas opter pour le paiement du coup du tampon, il rentre dans une colère noire et nous confisque nos précieux sésames en répétant “pas de paiement, pas de passeports”.

Nous répondons à l’agressivité par des sourires appuyés, dans un mélange de béatitude et de saine provocation. Nous avons le temps… et nous avons des enfants !

Alors que nous demandons généralement à nos enfants de se comporter au mieux dans les lieux publics, nous les invitons, exceptionnellement, à ne pas censurer leurs conduites. Nous entamons une partie de Uno, théâtralement bruyante, à quelques mètres de la guérite. Quelques dizaines de minutes plus tard, un policier nous rappelle au comptoir. Après avoir tenté, une dernière fois, d’obtenir le versement des indus dollars et face à un nouveau refus de notre part, il nous lance nos passeports en pleine figure. Ce sont des passeports tamponnés !

Pour ne pas ajouter à la provocation, nous évitons de claironner notre satisfaction d’avoir gagné ce bras de fer frontalier et nous remettons en selle, la pédale libre.

Par la suite, nous serons plusieurs fois témoins de policiers demandant à des chauffeurs de minibus de s’arrêter. Dans des scènes sans paroles, le policier tend le bras en direction du chauffeur. Ce dernier lui remet, dans une résignation qui ne supporte pas la contestation, quelques billets afin de poursuivre sa route sans craindre une verbalisation pour un motif que l’agent assermenté trouvera facilement..

Alors que la majorité de la population vit dans des conditions de dénuement parfois extrêmes, la caste politique et policière se pavane en toute impunité, avec la caution de l’ordre international qui semble préférer, dans bien des pays que nous avons traversés, l’autoritarisme, la corruption et la stabilité au risque de régimes démocratiques fragiles et difficilement malléables.

Sous couvert d’un pseudo devoir d’éviter l’ingérence, l’équilibre planétaire supporte des compromis éthiquement contestables, au profit de minorités privilégiées. Mais en ce sens, nos sociétés occidentales sont loin de pouvoir donner des leçons…

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3 commentaires pour 19. La gangrène de la corruption

  1. jef46 dit :

    C’est vrai que l’on peut légitimement se demander si un état d’ordre intègre peut subsister sans corruption, même nos démocraties sont atteintes. L’anarchie n’est guère mieux. L’avenir? Nos enfants et leurs enfants qui, sans colère, changeront le monde pour le bien de l’humanité. Bigs bisous

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  2. Raymonde Garcia dit :

    Bien joué le coup avec les enfants ! Pour une fois, c’est pardonné, et, c’était pour la bonne cause… Nous avions eu aussi des problèmes au passage Vietnam/Cambodge (et nous n’avions pas d’enfants !) ça avait duré un temps certain ! (sans capitulation de notre part, ils ont perdu patience avant nous)
    Bon week-end pascal un peu bizarre cette année !
    Bisous

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  3. Cathy Royere dit :

    Cher Christophe Je te remercie beaucoup ses textes pour pouvoir voyager. Je voudrais poser une question sur un mots que je n’ai pas comprit : c’est la corruption c’est quoi? Je voudrais savoir comment supporte se confinement sans aller à l’école. Pourras-tu me donner les réponses? Merci!!!!
    Grosses bises à tout les cinq
    Cathy

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