12. L’école Buissonnière

En franchissant notre dernier col à plus de 4 200 mètres au Pérou et avant de redescendre vers Nazca et le littoral qui nous mènera jusqu’à Lima, Lalie aura ce jeu de mot « On a fini les cols mais on n’a pas fini l’école ».

Le sujet de « l’école » est certainement l’un de ceux qui a suscité le plus grand nombre de questions de nos interlocuteurs, que ce soit avant le voyage ou au cours de celui-ci. La société française est tellement axée sur la réussite scolaire que s’écarter, même une année, du processus classique peut être perçu,par certains, comme insensé .

Le fait d’avoir rencontré de nombreuses familles, en amont du projet, nous a permis de rester confiants et d’affiner la préparation de ce volet scolaire. Tous les enfants que nous avons rencontrés qui avaient vécu un long périple avec leurs parents ne nous ont pas semblé en difficulté. Bien au contraire, ils nous sont apparus comme des jeunes ouverts et dotés de capacités d’observation et d’adaptation qui ne pouvaient que donner envie.

Parents, nous ne souhaitons qu’une chose pour nos enfants : qu’ils soient heureux ! Qu’ils soient forts en maths ou en français c’est bien, mais ce n’est rien en comparaison à la recherche du bonheur.

Au sein du système scolaire français on nous dit, depuis tout petit, que ce qui est important c’est d’avoir de bonnes notes, de réussir les évaluations et même, lors d’études supérieures et de concours d’entrée, d’être meilleur que les autres. Ce système a pour objectif de rendre compétitif… et pas forcément heureux.

En tant que Directeur d’un IME (Institut Médico – Educatif), j’ai rencontré des parents d’enfants en situation de handicap qui ont cru aux sirènes de la Loi du 11 février 2005 sur l’inclusion des enfants dans l’école de proximité. Or, les classes souvent surchargées, les enseignants peu formés aux spécificités des handicaps et les programmes non adaptés pour ceux qui n’évoluent pas aussi vite que la majorité des enfants, transforment souvent l’espoir en cauchemar. Les IME se sont, à l’époque, partiellement vidés pour se remplir à nouveau, quelques années plus tard, suite à la dissipation du mirage de l’inclusion scolaire. Les parents reconnaissaient, parfois avec difficulté, que leur enfant devait rejoindre une petite structure dont l’objectif premier était la personnalisation de l’apprentissage. A Boissor, aucun jeune n’avait le même emploi du temps. Suivant ses appétences, ses compétences et les objectifs fixés, un planning « cousu main » était élaboré dans le but d’un épanouissement optimal.

Le système scolaire n’a, malheureusement aujourd’hui, ni les moyens, ni même le projet de promouvoir la singularité de chaque être et de rechercher le processus individuel d’évolution. 

Si nous sommes partis sereins, c’est en grande partie grâce aux enseignantes de l’école primaire fréquentée par Lalie et Esteban. Elles ont dressé la liste des compétences à acquérir, donné des conseils et transmis les manuels au format numérique afin que nous puissions suivre le programme scolaire. 

Les dates de départ et d’arrivée de notre aventure familiale ont été réfléchies au regard de l’expérience d’autres voyageurs. Partir de Mai à Mai a vite semblé être le meilleur compromis. Lalie et Esteban quittaient respectivement l’école deux mois avant la fin du CM1 et CE1. Ils revenaient, au retour, partager les deux derniers mois du CM2 et du CE2 et connaître la joie immense de retrouver copains et copines. Ils ont également passé les évaluations de fin d’année et mesuré ainsi les compétences acquises.

Le rythme que nous nous sommes imposés pendant l’année nomade ferait rêver nombre d’élèves : un maximum d’une heure par jour d’apprentissages scolaires sauf les jours où cela apparaissait trop complexe en raison de la difficulté de l’étape et des conditions de confort. En revanche, nous n’avons pas suivi le calendrier scolaire. Ces apprentissages ont eu lieu tout au long de l’année sans procéder notamment à la longue coupure estivale.

 Nous nous sommes essentiellement centrés sur les mathématiques et le français et avons développé l’aspect ludique et événementiel. Le calcul des distances, la moyenne horaire, la rédaction d’articles trouvaient régulièrement place aux côtés du programme classique. La révision des tables de multiplication a même permis de nous divertir lorsque des lignes droites interminables se présentaient à nous. La proximité que nous avions avec notre copilote a facilité les apprentissages. Nous avalions ainsi, sans trop d’effort, les kilomètres.

Nous aimions partir tôt le matin et nous arrêter en début d’après-midi pour ménager un temps d’exercices scolaires. Nous nous sommes bien évidemment adaptés selon l’état de fatigue. Jamais ces séquences ne sont apparues comme une contrainte pour les enfants. Au contraire, ils ont exprimé le plaisir de pouvoir bénéficier de cette relation privilégiée. Effectivement le taux d’accompagnement de deux enseignants pour deux enfants peut faire rêver… !

Naïa est devenue envieuse de sa grande-sœur et de son grand-frère. Rapidement elle a demandé à faire, elle-aussi, ses devoirs plutôt que la sieste. Dessins, coloriages, perles… l’occupaient alors quelques minutes avant qu’elle ne passe à d’autres jeux.

Durant pratiquement huit mois nous avons traversé des pays hispanophones. Là encore nous avons mesuré la capacité d’adaptation des enfants et leur rapidité d’acquisition. Au bout de trois mois, Lalie et Esteban tenaient une conversation en Espagnol. Ce sont eux qui se sont souvent chargés, en autonomie, d’aller faire des courses dans les petites épiceries que nous croisions. Une mission dont ils raffolaient et qui permettait, sans même qu’ils s’en rendent compte, de travailler non seulement la langue mais aussi le sens de l’organisation, la mémoire et le calcul.

Comme nous nous y attendions, ce voyage, s’est transformé en école de la Vie

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5 commentaires pour 12. L’école Buissonnière

  1. Maguy et Loulou Moretti dit :

    Cette expérience de la vie, de ce qu’elle pourrait ou devrait être, est exemplaire.
    Mais quel courage et quelle volonté pour la créer et la vivre.
    Cordialement à tous les cinq.
    Maguy, Loulou.

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  2. Nicole Doualla dit :

    Quelles belles photos!On se demande où vous trouviez toute cette énergie pour tout assumer.Velo,apprentissages scolaires logistique du quotidien ,tout ça saupoudré de belles rencontres avec son lot d émotion s.Bravo les enfants vous maîtrisez très bien l espagnol.Une belle journée s annonce pour se dégourdir les jambes à 1km à la ronde .C est mieux que rien.

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  3. Raymonde Garcia dit :

    Rien à ajouter, tout est dit ! Cette école-là est la plus belle et la plus fructueuse au niveau des acquis.
    Belle journée à vous.
    Bisous

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  4. Alice Ferreira dit :

    HHHééé oui , l école de la vie ….ET leurs sourires prouvent qu ils la trouvent plutôt belle ….!!!
    Bisous a tous !!

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  5. jef46 dit :

    L’école de la vie, c’est sûr. Vous avez offert a vos enfants les dons de curiosité, de tolérance, de partage et d’humanité. En grandissant ils deviendront les ambassadeurs de l’humanité. Bigs bisous

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