11. L’apport du numérique

Les premières semaines péruviennes sont physiquement éprouvantes.  Notre masse corporelle continue à fondre malgré des températures flirtant souvent avec les 0 degrés.

Nous rejoignons Juliaca, la première grande ville rencontrée, depuis bien longtemps, sur notre itinéraire. Conscients des contradictions qui sont parfois les nôtres, nous passerons une bonne partie de notre première après-midi dans un centre commercial, proposant notamment… des pizzas ! Nous mangeons jusqu’à dépasser notre niveau de satiété et, comme des personnes en manque, ne résistons pas à consommer également une grosse glace en dessert.

Ces instants de plaisirs gustatifs ont un effet puissant sur le moral des troupes. Ils nous permettent, dès le lendemain, à l’aube, d’attaquer la partie la plus montagneuse de notre parcours.

Après avoir rallié Cuzco en une quinzaine de jours et visité le majestueux site du Macchu Pichu, nous attaquons une série de montagnes russes qui oscillent régulièrement entre 2 400 et 4 000 mètres. Nous attendent parfois plus de 150 km de montée, en continu, sans séquence de récupération possible.

Nous partons chaque matin en connaissant le dénivelé sur des dizaines de kilomètres. L’un de nos deux téléphones sert à prendre des photos et l’autre héberge des applications GPS d’une précision exceptionnelle (Osmand en particulier mais également MapsMe en complément). Le type de revêtement, le pourcentage des montées et des descentes, les points de vue, les magasins, tout est indiqué !

Pour moins de 3 Euros nous avons eu accès à toutes les cartes du Monde. Une aide précieuse quand il s’agit d’envisager un lieu de bivouac, la recherche d’un point d’eau ou les itinéraires bis, parfois moins carrossables mais plus sécurisants. Grâce à ces applications nous avons trouvé des chemins que nous n’aurions jamais osé emprunter avec une carte papier. La possibilité de préciser que nous sommes à vélo, et par conséquent aptes à prendre des voies parfois très étroites, nous offre des circuits réservés aux voyageurs en deux roues.

Au cours de ce parcours Sud-Américain nous utilisons également une autre application gratuite : « iOverlander ». Fonctionnant sur un principe collaboratif, la plateforme est complétée par un grand nombre d’informations enregistrées par les voyageurs eux-mêmes. Points d’eau, bons plans pour les bivouacs et même parfois les codes WiFi des stations-services figurent, entre autres, au menu de cette application. Elle comporte également la liste des réparateurs de vélos les plus proches, ce qui peut s’avérer utile dans le cadre de telles expéditions.

J’ai eu la chance de faire un grand voyage à vélo, au début du XXIème siècle. Je mesure chaque jour l’impact des innovations numériques, en l’espace d’à peine une génération. S’il convient de ne pas devenir esclave de ces outils et de laisser libre cours à la débrouillardise du voyageur, il faut reconnaître qu’ils sont rassurants et permettent l’ouverture d’une large fenêtre sur le Monde.

L’application la plus utilisée reste certainement « WhatsApp ». Elle permet l’envoi de messages et la possibilité de passer des appels, gratuitement à l’autre bout du Monde, à la seule condition de disposer d’une connexion WiFi. Aujourd’hui, même dans les coins les plus reculés, les personnes disposent souvent d’un téléphone. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cet objet est considéré comme prioritaire devant des équipements de confort de la vie quotidienne. 

Nous communiquons, encore aujourd’hui, avec nombre de personnes rencontrées. Le numérique permet de s’affranchir des frontières et de préserver les relations humaines.

Grâce à ces nouvelles technologies, nous avons également gardé le lien, pendant toute la durée du voyage, avec nos proches, familles et amis. 

Comme beaucoup de voyageurs nous avions décidé, avant de partir, d’ouvrir un blog afin de relater les éléments de notre quotidien. Nous y avons également inclus des informations potentiellement utiles pour des personnes qui se lanceraient dans un projet analogue.

Nous nous sommes, nous-mêmes, nourris de nombreux récits et de conseils piochés sur le Net et dans des festivals de voyages à vélo. Il était donc important de rendre un peu de ce que nous avions reçu et de participer ainsi à cette grande chaîne de solidarité.

Créer un blog sans avoir de connaissances pointues en informatique, notamment en programmation, est possible. Des outils quasiment aussi simples à utiliser qu’un logiciel de traitement de textes existent aujourd’hui. Ils offrent, gratuitement, un rendu très convenable.

Une fois les différentes rubriques choisies, le matériel, l’itinéraire, la composition de la tribu, les objectifs d’un tel projet, nous avons laissé une page d’accueil dynamique, capable d’accueillir les différents « posts » au fur et à mesure de leur publication.

Nous avons rapidement été surpris par le nombre de personnes qui se sont mises à lire notre blog régulièrement voire quotidiennement. Nous nous sommes donc pris au jeu de publier un article chaque jour afin que « nos lecteurs » puissent suivre notre aventure, comme un feuilleton. Dans ce pari que nous nous sommes lancés, nous avons compté sur l’aide précieuse de l’une de nos grandes amies, Françoise, qui a assuré la délicate mission de corriger, chaque jour, les articles rédigés le soir à chaud. Grâce à elle, la trace inscrite sur le blog est lisible sans que le lecteur soit arrêté par d’éventuelles coquilles ou perturbé par des fautes d’orthographe.

Avec Valérie, nous nous sommes répartis les rôles. Elle aime l’image et écrire me plaît. Dans un souci de garder le même style d’article en article, je me suis mis chaque soir à la rédaction d’un  texte relatant notre journée, nos rencontres et, parfois, certaines de nos réflexions. Valérie, elle, s’attachait à la sélection et au traitement des photos. Un travail fastidieux tant, certains jours, le nombre de clichés était nombreux.

Je partageais ainsi, quotidiennement, sur notre petite tablette numérique, des éléments de notre vie nomade. Cet exercice scriptural est vite devenu un réflexe. J’écrivais, comme je me brossais les dents, avec cette quasi-incapacité de m’endormir si je n’avais pas procédé à ces deux exercices. Je dois avouer que certains soirs, je me suis endormi sur le clavier et qu’il a fallu que je puise un dernier semblant d’énergie, pour finir mon paragraphe. Deux fois seulement dans l’année, j’ai remis au lendemain matin, ce que je n’avais pas été capable de faire le soir. Savoir que des personnes nous suivaient a été source de motivation continue. Jamais écrire ne s’est transformé en contrainte. J’ai toujours pris plaisir à coucher quelques mots sur la tablette numérique. Chose étonnante, quand je relis aujourd’hui certains de ces articles, je ne me souviens plus les avoir rédigés. J’ai l’impression de lire le texte d’une autre personne.

Au début du voyage, avec cette envie de partager, nous nous étions mis une contrainte et avons, rapidement, pris du recul afin de ne pas nous laisser enfermer par une quête quotidienne du WiFi. En effet, nous avons souvent parcouru des zones où trouver une connexion s’avérait difficile. Nous ne voulions pas continuer à nous arrêter dans le premier café équipé d’internet, comme des adolescents en manque de connexion virtuelle, et avons décidé que « notre feuilleton » subirait un décalage temporel entre l’écriture et la publication. Peu à peu, nous sommes arrivés à cinq jours de décalage entre ces deux temps. Tout en continuant à écrire et à enregistrer quotidiennement les photos, cela nous laissait la liberté de trouver une connexion et de profiter d’une option technologique, bien appréciable : la programmation des articles. Ainsi, tous les jours, à la même heure (et donc avec cinq jours de décalage…), le lecteur recevait dans sa boîte mail un nouvel article. A la demande de certains d’entre eux, nous avons également ajouté un lien vers une autre application qui leur permettait de suivre notre itinéraire sur un outil de cartographie et d’être ainsi au plus près de nos déambulations géographiques.

Le nombre d’abonnés au blog a augmenté de mois en mois jusqu’à dépasser les 1 200 à la fin du voyage : 1 200 personnes qui recevaient chaque jour un message de notre part, auquel il faut ajouter les 600 à 800 connexions quotidiennes sur le blog. Cela dépassait donc, largement, le cercle de nos proches. Rapidement, des personnes que nous ne connaissions pas se sont mises à écrire. Leurs témoignages étaient touchants. Certains avaient un projet de voyage et demandaient des conseils, d’autres étaient devenus, selon leurs mots, accros ou fans, de ce feuilleton que nous leur permettions de vivre par procuration numérique. En ce qui nous concerne, nous avions un grand plaisir à lire les commentaires lorsque nous pouvions trouver du WiFi. Ces derniers étaient lus en famille et représentaient un contact précieux avec tous ceux que nous amenions avec nous en voyage.

Régulièrement, Valérie a monté de petites vidéos qui donnaient encore plus de relief aux écrits et permettaient ainsi d’animer ce partage. Sans grands moyens (une tablette numérique et la version gratuite d’un petit logiciel de montage) elle a réussi à concevoir de petits films qui reflètent parfaitement notre aventure. Le plus gros du travail a été le tri des images. Une tâche à laquelle elle s’attelait dès que nous nous posions quelques jours. Ce sont pour nous de formidables souvenirs qui nourrissent notre mémoire à chaque visionnage.

Textes, photos, vidéos… il ne manquait plus qu’un support pour être complet : la voix ! Un ami d’une amie, Christophe Delrive, nous a contactés afin de proposer des enregistrements sonores. Domicilié au Danemark, il montait un projet intitulé « Voice4ever » destiné notamment aux personnes âgées, invitées à laisser une trace audiophonique pour les personnes de leur entourage. En plein « rodage » il nous a proposé de nous accompagner, gracieusement toute l’année, avec un enregistrement mensuel diffusé sur son blog et sur le nôtre. Il n’a pas eu la tâche facile car les conditions d’enregistrement à l’autre bout du Monde n’étaient pas souvent optimales. L’exercice se faisait au téléphone et lui demandait de retravailler ensuite avec sa « baguette magique » les décrochages et les bruits parasites à l’enregistrement. La version finale de chaque épisode durait une vingtaine de minutes. Nous avons eu de nombreux retours positifs. Au départ, les enfants étaient hésitants pour participer à cet exercice. Ils se sont progressivement pris au jeu. Leurs témoignages ont constitué la plus grande partie des derniers enregistrements.

La technologie nous a également permis de participer à une visioconférence, en direct, avec des collégiens de Cahors. Nous étions dans un petit hôtel de la banlieue de Managua, la capitale nicaraguayenne, et faisant fi des 8 heures de décalage horaire et de la dizaine de milliers de kilomètres nous séparant, nous avons conversé visuellement, pendant plus d’une heure, avec une cinquantaine de collégiens. Si loin, si près…

Cet échange a été organisé grâce à la mobilisation d’une enseignante en histoire et géographie, Magali. Mère d’un camarade de classe d’Esteban, elle a proposé à des classes de 5ème de caler leur programme sur notre itinéraire.  Pays par pays, les collégiens ont progressé avec nous et poussé des recherches sur les spécificités des régions traversées. Ils faisaient ainsi plus ample connaissance avec le monde dont ils sont citoyens. A notre retour, nous avons eu le plaisir de passer deux heures avec eux. Nous avons été énormément touchés par leurs témoignages et l’intérêt pour les messages que nous avons essayé de faire passer, tout au long de notre aventure. Ils ont été sensibles aux enjeux qui les attendent à l’avenir.

Notre monde est aujourd’hui numérique. Cela doit nous amener à une réflexion quant à son utilisation et à ses dérives. Le téléphone fonctionne malheureusement encore aujourd’hui grâce à des composants fossiles mettant en danger certains écosystèmes comme celui du Salar d’Uyuni, très courtisé pour sa réserve de lithium. Se passer d’un tel équipement est devenu difficile. Les capacités semblent infinies et parfois très étonnantes. En Thaïlande et au Laos nous conversions avec des Moines grâce à « google traductions ». Ils nous parlaient dans leur langue. Dans la seconde qui suivait, le téléphone traduisait en anglais. Et inversement… Nous avons ainsi échangé pendant de longues heures sur le sport, la politique, la religion grâce à un appareil de quelques centimètres carrés. Magie du XXIème siècle…

De Santiago du Chili à Lima, de Cancún à San José, en Asie du Sud-Est et en Europe nous avons voyagé, assistés de cette technologie absente ou balbutiante il y a moins de vingt ans. Une révolution numérique qui a sensiblement changé la manière d’appréhender une aventure au long cours. 

Cet article a été publié dans Livre VeLove. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

11 commentaires pour 11. L’apport du numérique

  1. Véronique dit :

    Alors’ justement parlons numérique comment faire pour reprendre l’histoire depuis le début sur le blog ? Merci

    J'aime

  2. Maurou Marie dit :

    J’ai le plaisir de vous relire,de voir ces belles images et vidéos . L’informatique nous fais vivre de bon moment qui sera inoubliable . Protégez vous bien et prenez soin de vôtre famille bisous à la velovefamily

    J'aime

  3. Nicole Doualla dit :

    Il faut sacrément maitriser l informatique pour que le résultat soit aussi opérant.MERCI pour toutes ces énergies positives qui nous permet de vous suivre .Je reste toujours admirative devant les sourires des personnes rencontrées.

    J'aime

  4. Raymonde Garcia dit :

    C’est une cascade de mercis que je vous envoie aujourd’hui !
    A vous, d’abord, pour nous avoir fait partager votre aventure jour après jour et d’être (et de rester) ce que vous êtes !
    A toutes ces nouvelles technologies, décriées souvent, mais qui permettent de maintenir le contact envers familles et amis.
    A toutes ces personnes qui ont croisé votre chemin et qui ont embelli votre quête de l’Autre.
    Merci. Merci. Merci !
    Bisous

    J'aime

  5. Raymonde Garcia dit :

    Dans ma liste de remerciements, j’ai oublié Christophe, pour avoir su si bien exploiter les nouvelles technologies !

    J'aime

  6. jef46 dit :

    Oh oui ce rituel d’écriture a traversé la planète pour porter dans nos foyers toute l’humanité de votre voyage et de ce supplément d’âme qui vous anime sans cesse. Bravo au trio qui a permis ce rendu de qualité. Repenser à cette année de lecture fait remonter une grosse vague d’émotion. Dans mon cœur pour toujours la VeLove Family. Bigs bisous.

    J'aime

  7. Véronique dit :

    Bonsoir merci pour le lien que je vais transmettre à une amie qui veut prendre l’histoire au début. Pour ma part je vous ai suivi lors de votre voyage durant toute l’année et quel plaisir tous les jours d’avoir un article à lire. Par contre c’est Veronique de Grenoble et du coup surprise du
    « je t’embrasse » qui est certainement pour une autre Véro !

    J'aime

  8. maya 46 dit :

    Ha la révolution numérique à laquelle je participe au quotidien quelle évolution mais quelle déception après avoir abonder sur iOverlander de voir que des sites que l on avait partagé sont mal menés par des voyageurs malappris.
    Mais effectivement aujourd hui difficile de se passer de mapsme ou de whatsapp 👍
    Amitiés. Sylvie

    J'aime

N'hésitez pas à laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s