8. Nous ne sommes pas les seuls fous !

Même s’il a tendance à se développer, le voyage à vélo, au long cours, reste encore quelque peu confidentiel. Beaucoup de personnes peuvent donc légitimement penser « qu’il faut être un peu fou » pour se lancer dans de telles aventures… notamment avec des enfants.

Pourtant, les premiers mois de voyage nous démontrent, quasiment chaque jour, que nous sommes nombreux à aimer ce mode de découverte. L’Amérique du Sud nous aura permis de rencontrer très régulièrement des cyclovoyageurs. Les jeunes argentins sont pléthores à choisir de partir à vélo, antidote aux crises économiques qui secouent régulièrement le pays. Ils s’arrêtent parfois en chemin pour travailler et repartent au bout de quelques semaines, voire de quelques mois, pour de nouvelles aventures.

Certains ont des parcours exceptionnels. C’est le cas de Sebas, rencontré à San Augustin del Valle fertil. Après des études de pharmacie et avoir travaillé pendant quelques années en laboratoire, il a décidé de tout quitter pour prendre la route. Originaire de la région de Cordoba, située au centre de l’Argentine, il est parti d’Ushuaïa pour rejoindre sa terre natale à vélo et découvrir ainsi son pays. Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! Au bout de quelques mois il fait une rencontre qui viendra bouleverser son voyage. Désormais, son compagnon de voyage sera… un chien ! En plein désert, il lui a donné à manger et a cherché, pendant plusieurs jours et sans succès, le maître. Le chien a commencé à le suivre, un jour, puis deux…

Au bout de quelques semaines, Sebas a décidé de s’arrêter pour aménager son vélo. Sur une monture des plus classiques, il a soudé des pièces de métal pour allonger considérablement la partie arrière afin d’y fixer un panier pour accueillir celui qu’il a baptisé Ngu en hommage à un Dieu de la terre. Ils seront désormais inséparables, veillent l’un sur l’autre et poursuivent encore à ce jour quelques expéditions à pied ou à vélo.

C’est Sebas qui nous a appris à réaliser ce que nous offrirons tout au long de l’année aux personnes que nous rencontrerons : un petit vélo en fil chenille.

Bien avant le départ, nous recherchions l’idée d’un petit présent à offrir en souvenir. Nous avions finalement laissé tomber les répliques de tour Eiffel ou autres petits gadgets par souci de volume et de poids. Lalie avait pris des cours de magie. Elle offrira souvent quelques tours de cet art durant des soirées partagées avec certains de nos hôtes. Ce langage international sera apprécié par les enfants, comme par les adultes. 

Nous avions également une petite carte au format « carte de visite » avec nos nom, prénom téléphone, adresse mail et blog que nous laissions aux personnes.

Mais c’est donc Sebas qui nous appris à réaliser ce que nous allions confectionner, plusieurs milliers de fois au cours du voyage. Progressivement, toute la famille s’y est mis. Lalie et Esteban étaient chargés de la fabrication du petit vélo lorsque nous croisions d’autres cyclovoyageurs. Nous participions tous lorsque nous voulions remercier une école ou un groupe qui nous accueillait.

Symbolique et léger, il a constitué un petit cadeau parfait partout dans le Monde !

Nous avons rencontré nombre de voyageurs à vélo. Certains étaient seuls, d’autres en couple ou en petits groupes. Chaque fois que nous nous croisions, nous nous arrêtions pour discuter quelques minutes, échanger des tuyaux sur les itinéraires respectifs et tout simplement partager notre joie de nous sentir si libres.

Depuis quelques années, la grande « mode » est de rallier Ushuaïa, la ville la plus au Sud du continent américain, depuis l’Alaska. Deux à trois ans de voyage sont nécessaires pour parcourir ce long itinéraire, aux aléas climatiques importants, notamment aux portes de la Patagonie.

Nous avons aussi rencontré de nombreux voyageurs argentins qui partaient, sac sur le dos ou en véhicules motorisés, à la découverte de leur pays. Ils vendent, sur les marchés locaux, quelques bracelets et bijoux confectionnés par eux-mêmes, ce qui leur apporte quelques subsides et leur permet de poursuivre l’aventure. 

Nous rencontrerons également des voyageurs qui ne manquaient pas d’imagination pour financer leur périple.

C’est notamment le cas de deux familles argentines, l’une rencontrée vers Cafayate au Nord de l’Argentine et l’autre encore un peu plus au Nord, à la frontière Bolivienne. La première voyageait dans un grand bus aménagé dans lequel ils fabriquaient… de la bière artisanale ! Ils s’arrêtaient dans des lieux touristiques pour y vendre leur « breuvage fait maison » et repartaient vers d’autres destinations. Sur un grand panneau posé sur le bus était inscrit en Espagnol « Pour chaque bière achetée, nous pouvons rouler 12 kilomètres de plus ! ». Nous ne résisterons pas à les aider et partagerons une soirée en leur compagnie. Lalie passera la nuit confortablement installée dans le bus, sur le canapé, alors que nous dormirons sous la tente, quelques dizaines de mètres plus loin.

La seconde famille, un couple et une petite fille, voyageait dans un van portant l’inscription « Payasos en ruta » ce qui pourrait être traduit par « les clowns en voyage ». Ils maîtrisaient plusieurs numéros de cirque dont « le chapeau » permettait de poursuivre le voyage. Jonglage, bulles géantes, magie n’avaient pas de secrets pour eux. Nous aurons grand plaisir à les retrouver à trois reprises sur notre itinéraire.

Nous aurons également la chance de pédaler quelques jours avec les « 260 litros », trois jeunes et dynamiques espagnols partis à la découverte du nouveau monde. Nacho et Simon, deux basques étaient descendus, à vélo, de Buenos Aires jusqu’en Patagonie où ils ont rencontré Jordy, un Andalou, qui voyageait sac sur le dos. Le duo est devenu trio. Ensemble ils ont repris, à vélo, la route vers le Nord. 

Les 260 litros, outre le fait d’être dynamiques et plein de vie, sont également très doués pour chercher des financements originaux, qu’ils trouvent grâce à leur maîtrise de l’image. Tout leur matériel (vélo, sacoches…) a été payé par des marques, en échange de photos magnifiques. Plus encore, chaque fois qu’ils arrivaient dans un lieu touristique, ils proposent aux entreprises et aux hôtels de standing, de réaliser un clip vidéo à insérer sur leur site internet ou leur page Facebook. Maîtrisant le pilotage de drone à la perfection, chaque réalisation finançant ainsi plusieurs semaines de voyage.

Rencontrés en arrivant dans la ville d’Uyuni, nous nous sommes retrouvés ensuite à l’entrée du Salar éponyme afin de le parcourir ensemble. Traverser le Salar d’Uyuni était un rêve. Le traverser avec eux a rendu ce moment magique.  Durant 4 jours, nous avons vécu des journées intenses en leur compagnie et les enfants ont adoré ces nouveaux copains. Bloqués par une tempête de neige à la sortie du Salar nous avons même eu droit à une journée supplémentaire de partage et de complicité internationale.

Durant ces mois sud-américains nous aurons également le grand plaisir de rencontrer plusieurs familles françaises. Sur la place centrale de Cafayate, au Nord de l’Argentine, nous faisons la connaissance d’Erwan, Sarah et leurs trois garçons (Titouan, Gabriel et Marius) partis pour 3 mois en mode « sac à dos » à la découverte du Brésil, de l’Argentine et du Canada. 

A Tupiza, au Sud de la Bolivie nous résidons dans une auberge de jeunesse lorsque nous entendons la voix de cyclovoyageurs français. Rémi, Céline et leurs deux filles de 6 et 8 ans (Juliette et Jeanne) sont partis pour 6 mois, de Lima à Santiago du Chili et effectuent donc notre trajet, en sens inverse. 

Et puis il y a eu l’incroyable rencontre avec les « Chamavelo ». Nous suivions cette famille, sur le Net, depuis pas mal de temps. Après un premier voyage à vélo d’un an en Eurasie en 2015-2016 et une pause d’un an à Montpellier, ils sont repartis pour une nouvelle année, en descendant les 3 Amériques. Nous nous sommes aperçus que nos routes pouvaient se croiser et nous sommes donné rendez-vous… sur le Salar d’Uyuni, un lieu mythique pour nombre de cyclovoyageurs.

Chacune de ces rencontres a été intense et riche en émotion. Outre le fait d’avoir le plaisir de converser en français avec nos interlocuteurs. Notre passion commune pour les voyages, la famille et la rencontre de l’Autre ont constitué le socle d’une amitié qui se poursuit encore aujourd’hui.

Ces moments partagés, de façon fortuite ou planifiée, se sont également révélés rassurants. Tous, nous montraient qu’il était possible de voyager avec des enfants. Voir ces derniers épanouis et heureux de voyager avec leurs parents nous a confortés.

En bons français que nous sommes, ces rencontres se sont invariablement poursuivies par un apéro et un bon repas. Des moments de bonheur partagé, dans des lieux insolites, et l’impression que le temps pouvait s’arrêter pour nous laisser savourer cet espace-temps.

Nous n’en n’étions qu’à la première partie du voyage. Déjà nous étions portés, chaque jour, par cette énergie de la rencontre et du partage.

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10 commentaires pour 8. Nous ne sommes pas les seuls fous !

  1. Maurou Marie Françoise dit :

    Que de belles rencontres , de solidarité , magnifique vidéo et se jeune homme qui a adopté se chien. . Les petits vélos que vous fabriquez c’est trop mimi . Le plaisir de vous lire tout les matins Bisous à vous 5

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  2. jef46 dit :

    De belles rencontres, de beaux souvenirs que nous avions lus jour après jour nous donnant ainsi de vivre cette aventure par procuration. Bigs bisous

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  3. Raymonde Garcia dit :

    Un grand merci à Sebas et à tous ces cyclovoyageurs mis sur votre route par le destin, parfois avec un petit coup de pouce ! Cela m’amène à penser et à me poser cette question : Que serait-il advenu de votre voyage (et de vous) 1 an plus tard avec cette pandémie et le confinement actuel qui en découle ? Comme quoi votre destinée était de la faire ce voyage !
    Prenez soin de vous. Gros bisous

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    • velovefamily dit :

      Nous pensons souvent à la chance que nous avons eu de partir à un moment où la situation était plus simple. Nous avons suivi d’autres voyageurs cette année et cette période marque pour certains la fin de l’aventure ou une longue pause. Nous avons de grandes pensées pour eux…

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  4. Raymonde Garcia dit :

    Oups ! de le faire ce voyage !

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  5. Patricia dit :

    Hola! La bici la veo todas las mananas muchas gracias para este régalo
    Les rencontres sont formidables
    Besosssssss

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  6. Jean Luc REY dit :

    Continuez à faire souffler cet esprit de liberté et d’espoir. Merci bcp.

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  7. Cathy Royere dit :

    Cher Christophe Je te remercie de tous les textes que tu m’envoies. C’est crasse à toi je fais de l’écriture sur mes cahiers que je fesais déjà quand tu étais en vélo pour faire le tour du monde. Je te dis encore merci merci!!!! Sa me change les idées pendant ces moments de soulitude.
    Je voudrais savoir si tu as utilisé le livre d’or pour ton voyage oui ou non. Peux-tu me répondre merci? Grosses bises à tous les cinq
    Cathy

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  8. Françoise dit :

    Merci de prendre le temps de nous partager et revivre…votre folie!

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