3. La préparation

Le temps qui précède la mise en œuvre pratique du projet fait partie intégrante du voyage. Il ouvre un espace de rêves, quand nous passons du temps sur les cartes et sur les blogs. Il impose de la méthodologie, car il y en a des choses à faire avant de se mettre en route !

L’itinéraire aura été travaillé tout au long de ces deux années. Ce voyage était l’occasion d’accomplir certains de nos rêves d’enfants. Valérie souhaitait pouvoir, un jour, nager avec des tortues, lorsque je m’imaginais traverser le Salar d’Uyuni, le plus grand désert de sel du monde. Lalie et Esteban eux, voulaient voir le Machu Pichu et des animaux alors que Naïa semblait en accord avec tous les rêves de ses aînés.

L’Amérique du sud s’imposait donc pour le Salar et le Macchu Pichu. Restait à construire le reste et à faire des choix : 

– Traverser les Amériques du Nord au Sud ? Passionnant mais trop long, avec de longues périodes au Canada et aux Etats-Unis onéreuses.

– Un grand tour en Europe avant de partir pour une boucle en Amérique du Sud ? Intéressant, car permettant de limiter les transports aériens, mais nous avions envie d’exotisme et d’un dépaysement rapide. 

– Faire un grand tour en Amérique du Sud ? La météo n’est pas toujours des plus favorables.

Nous passerons alors de longues heures à étudier les climats du Monde, cherchant à limiter au maximum les risques de pluie. Voyager en itinérance, à vélo, n’est pas toujours de tout confort. Pour l’avoir testé, voyager lorsqu’il n’arrête pas de pleuvoir pendant plusieurs jours est source de démotivation profonde.

Les premiers mois (d’été en Europe et donc d’hiver en Amérique du sud) nous offraient un temps froid mais sec sur l’altiplano. Nous pointons donc deux lieux sur la carte : 

Santiago du Chili d’une part, lieu de nos retrouvailles avec Valérie en 2002, et Lima au Pérou.

Nous calculons le nombre de kilomètres à effectuer selon les variantes en tenant compte des dénivelés et de notre capacité à enchaîner de longues étapes. Nous estimons alors à 5 mois la durée de cette première partie.

Une zone nous attire également car peu de cyclovoyageurs l’ont encore explorée : l’Amérique centrale. Longtemps considérée comme dangereuse, elle semble s’être ouverte au tourisme et offrir plus de sécurité. Si le Costa-Rica a la côte depuis plusieurs années, tous les « petits » pays proches éveillent notre curiosité.

Pour des raisons climatiques nous projetons de descendre vers le Sud au lieu de poursuivre notre remontée vers le Nord et pointons alors deux zones à relier : la péninsule du Yucatan au Mexique et le cœur du Costa-Rica.

Nous pouvons ainsi arriver à San José, la capitale Costaricaine, juste avant la saison des pluies. Cela tombe bien, il fait encore très beau en Asie du Sud-Est. Cette zone que nous avions adorée en 2013 nous semble un terrain de jeux parfait pour les derniers mois de notre aventure en famille. Mais là encore, il faut faire des choix. Le Myannar (ex Birmanie) qui a récemment ouvert ses frontières et le Vietnam semblent intéressants. Nous choisissons finalement de centrer notre parcours sur trois pays afin de les visiter en profondeur : la Thaïlande, le Laos et le Cambodge qui nous offrira l’occasion de découvrir l’une des plus belles réalisations humaines : les temples d’Angkor.

Trois zones, trois voyages dans une même aventure : le rêve de ce grand partage en famille prend forme. Nous ajoutons un départ à vélo, en 3 jours, jusqu’à l’aéroport de Toulouse puis un dernier mois de remontée entre Madrid et Luzech afin de favoriser un retour en douceur.

Le choix de l’itinéraire, grossièrement tracé, est important car il déterminera ensuite nombre d’éléments tant administratifs que sanitaires.

A de très nombreuses reprises nous avons pris conscience de la chance que nous avons eue de naître en France et de disposer d’un passeport Français. Grâce à ce dernier et aux conventions existantes, nous pouvons voyager dans une grande partie des pays du Monde sans même solliciter un Visa (sous réserve de rester moins de 90 jours dans le pays, ce qui fût à chaque fois notre cas). Sur tout le voyage (14 pays traversés), nous avons dû passer par la case Visa uniquement pour deux pays : le Laos et le Cambodge et ce sont des formalités que nous avons effectuées aux frontières.

L’anticipation de l’itinéraire nous a également permis de gérer la question des vaccins avec sérénité. Nous avons, pour cela, compté sur les conseils et l’accompagnement humain du Docteur Thierry Lecine et de l’équipe du centre de vaccinations de Cahors. Après avoir méticuleusement étudié notre parcours, ils ont longuement échangé avec nous afin, qu’en toute connaissance de cause, nous puissions faire les choix qui nous semblaient les plus appropriés. Sans jamais nous pousser à la vaccination, ils nous ont apporté des conseils éclairés. Nous avons alors convenu d’un calendrier de vaccinations pour les risques les plus importants. Pas moins de 8 injections ont été planifiées au cours des 8 mois précédents le départ (Hépatite A, Méningite ACYW135, Encéphalite japonaise, Rage x3, Fièvre jaune) pour les enfants, un peu moins pour les parents. Le Docteur Lecine a également pris le temps pour nous donner des conseils sur les premiers gestes face aux symptômes observés, notamment en ce qui concerne le mal de l’altitude et le risque paludique. Son soutien professionnel et amical a été précieux tout au long de notre Aventure. Le savoir, joignable à tout moment, nous a permis de pénétrer certaines zones géographiques sans la moindre appréhension.

Si nous connaissions le mode de locomotion que nous voulions utiliser, nous n’avons confirmé le choix des modèles de vélos qu’au cours de la dernière année. Voyager à vélo est une source incroyable de liberté. Il peut également se transformer rapidement en calvaire si l’effort à répétition sollicité n’est plus un plaisir mais une obligation. 

Les enfants nous apparaissaient encore trop jeunes pour affronter seuls, sur leurs vélos, les dénivelés et les conditions imprévisibles. Lors de précédents voyages nous avions opté pour le système « follow-me » qui permet grâce à un savant support de relier l’axe de la roue arrière d’un vélo adulte à la roue d’un vélo enfant. Cet ingénieux système offre la possibilité à l’enfant de rouler seul ou tiré par un adulte.

Mais un modèle de vélo nous attirait depuis plusieurs années : le tandem Pino de la marque allemande HaseBikes. Contrairement aux tandems classiques, il offre au pilote et à son co-pilote une vue simultanée sur ce qui se passe devant et autour de la route. Le co-pilote bénéficie, de surcroît, d’un siège et non d’une selle, ce qui lui assure confort et aisance pour faire des photos, lire… tout en continuant à pédaler ! Enfin, les têtes des deux cyclistes sont très proches, ce qui permet d’échanger aisément sans avoir à se retourner ou à parler fort comme sur un tandem classique ou avec le système de follow-me.

Le tandem Pino présente malgré tout quelques inconvénients, dont un non négligeable : le prix ! Innovant, solide et doté de systèmes forts bien pensés, cette monture, qui n’est pas encore produite à très grande échelle, reste très chère. Les vélos d’occasion sont donc extrêmement rares. Par chance, nous trouvons une annonce pour un tandem Pino sur Toulouse. Nous appelons dès la diffusion de l’annonce et allons le voir le lendemain. Le vendeur nous laisse 24h00 pour nous décider car les acheteurs potentiels n’arrêtent pas de l’appeler pendant que nous sommes avec lui. Il avait prévu de partir faire un grand voyage avec l’un de ses meilleurs amis sur ce modèle qui a déjà fait deux tours d’Europe, mais son ami est tombé amoureux il y a quelques semaines… Le projet duo s’est transformé en projet solo ! Nous bénissons alors cette petite amie providentielle et craquons pour ce vélo équipé, de plus, d’un système Rohloff qu’affectionne tout particulièrement Valérie.

Reste alors à le tester afin de savoir si c’est lui qui nous accompagnera sur les routes du Monde et si nous cherchons, par là-même, à nous équiper d’un second modèle.

Son poids (plus de 30 kg !) et l’obligation de son démontage en deux parties pour prendre l’avion nous fait encore hésiter… La première semaine d’essai entre Luzech et Lacanau effacera les derniers doutes, tant nous prenons du plaisir à partager ces moments d’évasion avec les enfants. Nous décidons alors de vendre une voiture pour nous acheter un second Pino et tester notre nouvel équipage en juillet 2017, près d’un an avant le grand départ. Pour allier l’utile à l’agréable, nous choisissons un parcours montagneux qui nous mènera de Luzech, près de Cahors, à Apprieu, situé à une trentaine de kilomètres de Grenoble : 600 km et 15 jours en conditions réelles avec nos deux tandems et une carriole qui ont valeur de test « grandeur nature », ce terme étant tout à fait approprié à ce que nous vivrons.

Nos sacoches ne sont pas encore pleines mais nous sentons qu’il nous sera difficile de monter certains cols, lorsque la pente se fera plus raide. En revanche, le fait de ne pas avoir peur que nos enfants fassent des écarts sur leurs vélos et la perspective que nous puissions discuter avec eux à longueur de journée nous enthousiasment grandement. Nous savons que désormais cela ne fait plus de doute : nous partirons en Pino !

Nous serons grandement aidés par Igor, entrepreneur Nantais, qui est l’un des seuls revendeurs de ces modèles dans l’hexagone et sans aucun doute le plus passionné. Cyclovoyageur lui-même et ingénieur de formation, il répondra à toutes nos questions avec beaucoup de réactivité et de patience. Il n’hésitera pas, tout au long du voyage, à nous adresser de petites vidéos de démonstration en ce qui concerne des points de réparation ou à nous faire parvenir des pièces de rechange… à l’autre bout du Monde. Nous voilà encore bien entourés !

Le premier poste budgétaire, juste avant celui des vélos, est celui des vols aériens : 5 vols pour 5 personnes (Naïa qui aura 2 ans et 3 mois, lors du premier vol, doit désormais payer son billet), ça chiffre vite ! Nous payons le prix de l’exotisme et de la découverte de certaines contrées lointaines. Mais nous savons qu’il s’agit, certainement, de l’unique occasion que nous aurons de les découvrir ensemble. Alors nous sommes prêts à ce lourd investissement. Nous cherchons par nous-mêmes, sollicitons les agences locales puis nous retournons vers les compagnies spécialisées dans, ce que l’on appelle, les billets « tour du monde ». Ces billets permettent d’obtenir des réductions lorsqu’ils sont réalisés par les compagnies membres d’une même entente aérienne et, élément important pour nous, de doubler le volume de bagages autorisé soit 2×23 kg par personne.

Nous présentons notre projet à plusieurs de ces compagnies spécialisées et pendant de nombreuses semaines transmettons les offres, des unes aux autres, afin de faire baisser au maximum les enchères. Le contact téléphonique et écrit avec une conseillère de l’une de ces agences est des plus agréables. Nous décidons de lui faire confiance au moment de procéder au paiement de ce qui représente pratiquement 40% du budget total du voyage. Cet achat, bien que mûrement réfléchi, sera suivi d’un petit regret car la sympathique conseillère quittera ses fonctions quelque temps après notre départ et il nous sera alors difficile de prouver des éléments convenus seulement par voie orale. Notre amateurisme et notre confiance n’avaient pas pensé nécessaire de confirmer ces éléments, par écrit. Il s’agit notamment de l’engagement de la compagnie à ce que nous ne payons aucun surcoût pour les cartons de vélos qui sont considérés par la plupart des compagnies aériennes comme des bagages spéciaux. Nous arriverons, au final, à nous en sortir sans trop de mal. Mais tout au long du voyage, cela nous causera quelques sueurs froides et des appels téléphoniques de l’autre bout du monde dont nous nous serions bien passés.

5 mois avant le départ, Valérie termine son contrat de travail et se consacre, en grande partie, à la logistique du voyage. Ce fut précieux, car les derniers mois vont marquer une accélération des démarches.

Le choix et la recherche de vêtements et de matériels adaptés, au meilleur prix, constituera un challenge quotidien pendant toute cette période. Allier, légèreté, compacité et technicité à un prix abordable relève de l’exploit. Nous rencontrons bon nombre de voyageurs lors de festivals de voyages à vélo (dont celui organisé par l’Association « La roue Tourne » à Roques sur Garonne), lisons quantité de blogs et allons arpenter les allées des magasins spécialisés. Ne prendre que le nécessaire, tout en s’assurant un minimum de confort, sera notre leitmotiv tout au long de ces longues recherches dont certains aspects nous obligeront à réfléchir jusqu’au dernier moment.

Pendant que je termine, au sprint, tous les projets professionnels que je m’étais engagé à mener, Valérie prépare une grande partie du déménagement. Nous donnons tout ce que nous pouvons donner, meubles, vêtements, jouets… Là encore nous sommes bien entourés. Ne sachant pas encore, où nous poserons nos valises ou plus exactement nos sacoches au retour, nous cherchons un endroit où stocker les quelques meubles et les nombreux cartons qu’il nous reste. Benoît, un ami qui vient d’acheter une maison pour la mettre en location meublée, récupère le mobilier le plus encombrant. Gérard, notre « Papy d’ici », nous propose l’une de ses caves pour stocker le reste. C’est aussi chez lui, dans l’un des gîtes qu’il met généreusement à disposition de ses amis, qu’il nous accueille au cours du dernier mois afin que nous puissions laisser l’appartement de fonction à disposition du nouveau directeur.

Grâce au travail de fourmi mené en amont par Valérie et par de nombreuses personnes venues nous aider, nous procédons au transfert et au stockage en à peine quelques heures. Au moment où nous refermons définitivement la porte de notre ancien appartement, nous savons que nous venons de franchir une étape importante de la préparation de notre belle aventure.

Les derniers mois sont également ceux des tracasseries administratives. Les assurances, les impôts, la résiliation des abonnements… tout un « programme de réjouissances » qui s’apparente parfois à un parcours du combattant.

Enfin, tout au long de cette période, nous avons également la chance de pouvoir compter sur le soutien des enseignantes de l’école primaire du village. Nous connaissons bien la directrice, amie avec laquelle nous avons partagé quelques émotions marathoniennes. Avec ses collègues, elle mettra tout en œuvre afin que nous puissions partir dans les meilleures conditions possibles. Nous aurons ainsi la liste des compétences à acquérir par niveau, des conseils théoriques et pratiques mais également accès à des manuels scolaires au format numérique.

Notre « to do list » se réduit de jour en jour.

Merci à Eve et Philou pour la vidéo !

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5 commentaires pour 3. La préparation

  1. Maurou dit :

    Magnifique , la préparation demande beaucoup de courage bravo au plaisir de vous relire bises à la velovefamily

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  2. ferreira alice dit :

    Avec le recul toutes ces tracasseries en valaient bien la peine….Surtout les vaccins , n est ce pas Lalie ?
    Bisous a tous !!

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  3. jef46 dit :

    Cette vidéo pour finir ce récit me renvoie à cette émotion si forte de vous voir partir. Quel plaisir de relire cette aventure humaine, en famille. Bigs bisous

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  4. Raymonde Garcia dit :

    Plaisir sans cesse renouvelé ! Merci… Merci…
    Bisous

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  5. Rey dit :

    Quel plaisir de vous retrouver en ces temps si difficiles. Ça fait chaud au cœur et ca redonne espoir en l’homme. La France deviendra peut être à son tour un pays du sourire. En tout cas l’idée de nouveaux rendez-vous réguliers avec vous sera une vraie source d’evasion. Merci beaucoup et prenez grand soin de vous. JLuc

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